Rechercher
  • Amélie Laurent

Prévention des abus sexuels : nous pouvons tous agir.

Dernière mise à jour : févr. 22




La médiatisation de l’histoire Duhamel décrite dans le livre de Camille Kouchner aura permis de mettre en lumière une réalité qui peine à se dire, la réalité des violences sexuelles et ses conséquences destructrices.


« C’est un chiffre terrible : un français sur dix aurait été victime d’inceste, selon une enquête IPSOS pour l’association Face à l’Inceste. Et si l’on songe à la difficulté de libérer sa parole sur ce sujet, on peut même penser que ce chiffre est encore sous-évalué. Près de 7 millions de nos concitoyens auraient donc été abusés durant leur enfance ; c’est une multitude impressionnante, effrayante, effarante » (Article de Guillaume de Fonclare dans le journal La Croix, le 1er février 2021.)


Dans 80% des situations d’abus sexuels, les auteurs font partie de l’environnement familial, amical ou éducatif de l’enfant.


Face à ce constat désarmant, comment agir ?


Aborder la question des violences sexuelles avec les enfants est primordial, et ce dès leur plus jeune âge, de façon progressive et bienveillante, avec un vocabulaire adapté.


Des écoles, conscientes de cet enjeu éducatif majeur, nous demandent d’intervenir auprès de leurs élèves, de la maternelle au CM2.


Alerter sans effrayer, voici le challenge à relever…


Aborder la prévention des abus sexuels, c’est faire prendre conscience à l’enfant de sa réalité corporelle, c’est lui apprendre à faire confiance à son ressenti, c’est l’amener à réfléchir aux situations qu’il vit et à choisir des solutions qui lui conviennent.


Dès la maternelle, il faut oser nommer toutes les parties du corps, sans oublier les « parties intimes », comme le disent très bien les enfants, avec des mots justes et scientifiques. Car nommer c’est faire exister.

Du CP jusqu’à la fin du collège, la majorité des filles que je rencontre en interventions ne connaissent pas le nom de leurs organes génitaux. Les garçons sont en général plus au courant. Or, si on n’exclut pas ses organes génitaux du reste de sa personne et qu’on les nomme très naturellement, l’enfant intègrera sa composante sexuelle à sa globalité humaine.


Nommer et faire reconnaître leur valeur, faire prendre conscience qu’ils font partie de l’intimité, et que personne n’a le droit de leur demander de les montrer ou de les toucher. C’est la Loi.


Il est aussi essentiel de permettre à l’enfant d’exprimer son ressenti dans des situations qui lui sont inconfortables.


En séance de prévention, auprès des élèves, nous prenons des exemples de la vie courante. Quand Tatie Jacotte insiste pour avoir des bisous ( pour reprendre le livre de Thierry Lenain et Stéphane Poulain) : est- ce que ça te fait oui ? Est-ce que ça te fait non ?


Notre message est clair : «si cela te fait non à l’intérieur, tu as le droit de dire non. Parce que c’est ton corps. Et que tu es le mieux placé pour savoir, au fond de toi, ce qui est bon pour toi. »


Dernièrement, un garçon de CM2 a alors confié : « moi ça me fait non, non, non à l’intérieur, mais je dis quand même oui…». Je lui demande ce qui l’oblige à dire oui alors qu’à l’intérieur, ça lui fait non, et il me répond du tac-au-tac : « Parce que nous sommes des enfants et qu’il faut obéir aux adultes »


Face à cette réflexion tout-à-fait sensée, nous voici devant toute la complexité du sujet …



On apprend aux enfants qu’ils peuvent s’autoriser à dire non, mais il se heurtent parfois à l’incompréhension des adultes.

Une petite fille me racontait : « ma maman elle veut tout le temps que je lui fasse des bisous, le matin quand je me lève, le soir quand je me couche. Moi ça m’énerve. Mais quand je ne veux pas, elle boude… »

Se mettre à l’écoute du ressenti de son enfant, apprendre à l’accueillir, cela peut être difficile.


Alors dans ces moments-là, rappelons-nous qu’accepter avec bienveillance le non de son enfant, c’est lui faire un cadeau inestimable pour sa future vie affective et sexuelle.


Respecter son non, quand il s’agit de gestes qu’il ne souhaite pas, c’est le respecter, et c’est lui apprendre à se respecter dans ce qu’il ressent et dans ce qu’il a envie de vivre.


Accompagner son enfant, c'est aussi lui apprendre à réfléchir à des alternatives qui permettraient à la fois de respecter son besoin et les normes socio-culturelles de politesse, et de pouvoir affirmer son non avec assertivité.


C’est l’éduquer au consentement.


Or cette éducation au consentement, c’est la base de la prévention.








38 vues0 commentaire