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  • Amélie Laurent

« J’ai eu la mauvaise surprise de constater que mon ado surfe sur des sites pornos… »

Dernière mise à jour : mars 17


Tel est le message décontenancé d’une maman d’un enfant de 12 ans, qui croyait pourtant avoir pris des mesures imparables : limitation du temps d’écran, contrôle des applications consultées… Et elle pensait aussi (bien naïvement le reconnait-elle) qu’il était trop jeune pour rechercher des vidéos de ce genre…


« Ce que j’ai découvert sur le téléphone de mon fils m’a mise dans un tel état que je n’en ai pas dormi pendant plusieurs nuits », me raconte une autre maman. Elle vient de prendre conscience que son fils de 4e ne regarde pas que You Tube et Instagram sur son téléphone.

Et que la pornographie d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’il y a 20 ans.


Quand les parents constatent que leur enfant a eu accès à ces images, ils sont inquiets, voir déboussolés. Comment réagir ? Comment aborder le sujet ? Comment le prévenir que ces images laissent des traces ? Comment lui faire comprendre qu’il a devant lui une représentation faussée de l’amour et qu’on aurait souhaité qu’il découvre la sexualité autrement ?


En premier lieu, il faut se réjouir de cette découverte. Car elle est l’occasion d’un échange.

Selon le rapport de l’association Ennocence*, une enquête IPSOS révèle que 68 % des ados ne parlent pas avec leurs parents de ce qu’ils visionnent sur internet. Voilà donc une occasion imparable.


Tout d’abord il s’agit de prendre conscience de ce que cette découverte a provoqué chez soi comme état émotionnel : déception, inquiétude, tristesse, colère, sentiment d’impuissance, … de façon à pouvoir aborder le sujet sans être submergé par ses émotions.


Après ce moment d’introspection, passez à l’action. Prévoyez un moment au calme avec l'enfant, un moment d’échange privilégié où il n’y a pas de risque d’être dérangé par la fratrie ou la casserole sur le feu. Faire de cet échange une priorité.


Il ne s’agit pas de culpabiliser l’enfant. Aujourd’hui la loi en France n’est pas respectée. L’accès à la pornographie est trop facile pour les mineurs. Souvent ils ne l’ont pas cherchée, elle vient à eux. Une aubaine pour les producteurs de fidéliser des enfants qui deviendront des consommateurs réguliers.


Il est bon de questionner l’enfant sur la façon dont il est arrivé sur ces sites et de l’écouter, sans jugement. Prendre le temps d'accueillir permettra à l'enfant de pouvoir dire.

Peut-être se pose-t-il des questions sur la sexualité ? Peut-être des copains lui en ont parlé et il a voulu se renseigner pour avoir l’air, lui aussi, de s’y connaître ? Peut-être a-t-il cliqué au départ juste par curiosité sans savoir à quoi s’attendre ?

Cherchez à savoir avec délicatesse ce qu'il a pu ressentir la première fois qu'il est allé sur ces sites, sa fréquence de visionnage et ce qui lui donne envie d’y retourner.


Et puis prenez le temps de le faire réfléchir. Il ne faut pas hésiter à expliquer à l’enfant pourquoi la pornographie existe. « La pornographie est une industrie entièrement créée pour le profit. Elle encaisse la somme coquette de 97 000 000 000 de dollars par an » ( Sexpérience, Fillliozat)

Aller surfer sur ces sites, c’est contribuer à son profit. Son objectif est de rendre le spectateur dépendant. Et comme la concurrence est rude, le porno est de plus en plus violent et spectaculaire. Expliquer à son enfant ce qui se passe dans les « coulisses » du porno, selon son âge bien sûr, est édifiant.


Un jeune de 3e me disait cette semaine : « moi mes parents ils sont au courant que je visionne de la pornographie. Ils m’ont dit : c’est de ton âge, mais sache seulement que ce n’est pas la réalité » Je lui demandai si cet argument l’avait convaincu de ne plus aller en visionner.

Ce jeune garçon à l’esprit vif me répondit sans détours avec un grand sourire : « bien sûr que non ! »

Personnellement, je vois trop de ravages sur le terrain pour me contenter de cet argument.

Je n’hésite pas à dire aux garçons que plus ils regarderont de la pornographie, moins ils seront de bons amants. Les jeunes filles me racontent : « ils parlent de la relation sexuelle et de la femme de façon très violente, ça ne nous donne vraiment pas envie. »

Regarder du porno permet l’excitation et sert de support à la masturbation, mais les conséquences de ce visionnage ne sont pas anodines. Son impact est considérable chez nos ados encore en construction et influence le rapport au corps, les relations amoureuses et les relations sexuelles.


Alors comment agir, en tant que parent ?

Rien ne vaut l’échange authentique que vous aurez avec votre enfant.

Eveiller son intelligence en expliquant sans dramatiser le sens de la pornographie, évoquer son impact sur le cerveau et les représentations, et pour les plus grands, donner des exemples d’anciens addicts ( www.stopporn.fr) qui s’en sont sortis.

Et puis faire appel à sa créativité pour qu’il puisse élaborer lui-même des stratégies de s'en protéger et de ne pas y retourner.

Pendant les interventions, je passe du temps à évoquer avec eux les moyens de s’en sortir. Ils ont eux-mêmes les solutions.


Une fois que des adultes ont pu en parler avec eux et mettre des mots, ils savent.

Ils sont responsables et acteurs de leurs choix.


N’hésitez pas, parents, éducateurs, enseignants, à vous informer sur le sujet.

Vous trouverez ci-dessous des livres et sites à consulter.






Quand la dépendance est trop forte, on peut aussi se faire aider par un professionnel.

Cette dépendance n’est pas une fatalité, on peut s'en sortir!




https://ennocence.org/wp-content/uploads/2016/11/rapport-ennocence-VF.pdf


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